Commémoration du 74ème anniversaire de la libération des camps

Extrait du bulletin 33 de juillet 2019

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Maire de Lyon

Monsieur le Président de la Métropole de Lyon

Monsieur l’Adjoint à la Mémoire, au Patrimoine et aux Anciens Combattants, cher Jean-Dominique Durand

Monsieur le Président Honoraire de l’Amicale d’Auschwitz-Birkenau,  cher Benjamin Orenstein

Mesdames et Messieurs les Parlementaires

Monsieur le Gouverneur militaire de la ville de Lyon

Mesdames et Messieurs les Représentants des Autorités civiles et religieuses

Mesdames et Messieurs les Représentants des Associations

Mesdames et Messieurs, Chers Amis.

Nous sommes à nouveau réunis, en ce froid dimanche de janvier,
pour commémorer la libération des camps d’Auschwitz
et de Haute- Silésie.
Une nouvelle fois je vous rappellerai dans quelles conditions
se déroula cette libération.
Libération sans combat, libération par abandon du terrain
dans la hâte et la débandade.
Libération d’un camp dont les nazis avaient essayé, jusqu’au
dernier jour, d’effacer jusqu’à l’existence même.
Les crématoires et les chambres à gaz avaient été dynamités,
les prisonniers valides entraînés dans des « marches de la
mort »afin de ne pas laisser de témoins. La priorité était de
cacher les méfaits, de faire disparaître les preuves de leur
plan machiavélique.
Ils détruisirent en hâte les documents, la morbide comptabilité
de leurs crimes.
Il est difficile de faire table rase d’une telle usine de mort, les
vestiges sont éloquents et lorsque notre Amicale, au cours de
son voyage annuel de la Mémoire, emmène un jeune public
sur ces lieux de martyre, on lit sur les visages, l’incrédulité
devant tant de barbarie.
Fin janvier 1945, ils restaient 7500 morts vivants, mais le temps
pressait, les moyens d’exécution n’étaient plus opérationnels,
alors le commandement décida de les abandonner à leur sort,
espérant que les quelques heures qui restaient avant que les
troupes soviétiques n’arrivent, suffiraient à les transformer
en cadavres.
Les guerriers qui avaient combattus, souvent depuis Stalingrad,
dans des combats meurtriers se sentaient impuissants, démunis
devant ces visions d’êtres décharnés, aux yeux exorbités,
les fixant sans aucunes paroles, aucune demande, anéantis
qu’ils étaient par les traitements inhumains qu’ils avaient
subis.
Il faut rappeler le témoignage du Sergent Ivan Sorokopound,
qui le premier, avec quelques hommes, entra dans le camp.
« En arrivant nous avons vu une douzaine de squelettes vivants
qui se déplaçaient avec peine, à travers les trous de
leurs haillons transparaissaient leurs membres et leurs corps
décharnés.
Ce que nous avons vu dépasse toutes les atrocités que nous
avions côtoyées jusqu’à présent.
D’autres camps furent libérés, d’autres atrocités furent découvertes,
mais jamais l’exécution systématique d’une Communauté
humaine n’avait été menée à une telle échelle, c’est la notion
même de crime contre l’Humanité, énoncée pour la première
fois au procès de Nuremberg, qui venait de voir le jour.
André Frossard, ce grand écrivain résistant qui fut emprisonné
à la prison de Montluc définissait ainsi le crime contre
l’Humanité : « C’est tuer quelqu’un pour le seul motif de sa
naissance et il faut que cette mise à mort soit précédée d’une
tentative d’humiliation. Le crime contre l’humanité est un
crime d’inhumanité ».
Ces crimes, pour la plupart étaient connus des alliés, les
camps avaient été localisés, répertoriés, mais la priorité n’était
pas la survie de ce que l’on dénommait « le peuple juif »
Qu’on ne vienne pas nous dire « On ne savait pas » !!!!!!!
Proclamer après la découverte de ces crimes abominables
qu’on ne savait pas est un mensonge collectif qui rassure les
Peuples.
Alors aujourd’hui, Mesdames et Messieurs, ne laissons rien
passer, donnons un nom à toutes les agressions d’où qu’elles
viennent, lorsqu’elles sont antisémites, disons-le.
Le racisme est une chose grave, l’antisémitisme en est une
autre, mais ce sont deux idéologies différentes, elles n’ont
pas les mêmes racines. Il nous faut les combattre différemment.
Il faut apporter à chaque situation une réponse adaptée à la
gravité et à la nature des faits.
Nous voyons bien que l’islam radical n’est pas raciste, il est antisémite.
Nous voyons bien que dans la foule des gilets jaunes, une frange
d’extrémistes de droite ou de gauche, n’est pas foncièrement
raciste, elle est antisémite, avec des gestes obscènes de salut
nazis renversé.
Le 16 Décembre dernier, Frans Timmermans, premier Vice-président
de la commission européenne disait à propos de l’antisémitisme
en Europe « Chaque fois que des Communautés
se dressent l’une contre l’autre, les premières victimes sont
toujours les Juifs. Le 20ème siècle est venu à bout de beaucoup
de maladies, la seule qui reste incurable, c’est l’antisémitisme
»
Les actes antisémites dans notre pays sont en très forte
hausse (plus de 69% pour les neufs premiers mois de 2018) .
« Chaque agression perpétrée contre un de nos concitoyens
parce qu’il est juif résonne comme un nouveau
bris de cristal » disait en novembre dernier le Premier
Ministre en référence à « la nuit de cristal » du
9 novembre 1938 en Allemagne, où Personnes et biens
juifs furent attaqués, « ces chiffres sont d’autant plus préoccupants
qu’ils sont tendanciels, homogènes sur neuf mois
»souligne Frédéric Potter, le délégué interministériel contre
le racisme et l’antisémitisme, et il a ajouté « cette hausse
n’est pas tout a fait spécifiquement française, puisqu’elle
est perceptible aussi aux Etats-Unis et en Allemagne »
Quelle consolation !!!:: quel sujet de satisfaction de savoir
que la France n’est pas le seul pays où les actes antisémites
sont en hausse. « La mauvaise conscience générale permet à
chacun de se gratifier d’une bonne conscience individuelle »
écrivait Simone Veil.
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On l’a vu dans le passé, les Juifs sont comme le canari dans
la mine, ils sont les premiers agressés, ils ont toujours été
une sorte de vigie, souvenez vous de l’école OHR TORAH
de Toulouse, premier maillon d’une chaîne de crimes odieux
qui s’est poursuivi par la tuerie de Charlie Hebdo, de l’Hyper
Casher, du Bataclan, de Nice et dernièrement de Strasbourg.
La liste est longue et je vous en épargnerai la lecture
douloureuse.
Nous sommes réunis devant ce sanctuaire de la Résistance
pour réfléchir aux moyens efficaces pour endiguer ce fléau.
Nous sommes réunis pour rappeler et rendre hommage aux
6000000 de morts de la Shoah, parmi lesquels on estime à
77000 le nombre de nos compatriotes.
Et pourtant, ils étaient confiants dans cette France où leurs
ancêtres vivaient bien avant qu’elle ne se nomme ainsi, des
Historiens ont estimé que les Juifs étaient la minorité la plus
ancienne identifiée sur le sol français.
Au 1er siècle déjà, des Juifs vivaient dans la Gaule romaine,
un fils du Roi Hérode y fut exilé par l’Empereur Auguste
avec toute sa famille. Des vestiges archéologiques du haut
Moyen Âge, attestent la présence de Communautés importantes.
Au 11éme siècle, le Rabbin Rachi de Troyes, est la principale
autorité rabbinique du Moyen-Âge, il est l’un des savants
juifs qui a le plus marqué l’histoire des idées du monde chrétien.
En rédigeant ses commentaires en français plutôt qu’en latin,
il fut le principal artisan de l’envol de la langue française.
Beaucoup de quartiers anciens de villes françaises comportent
des Rues des Juifs ou des juiveries.
La faculté de médecine de Montpellier s’enorgueillit de pouvoir
rappeler qu’elle est la plus ancienne Ecole de Médecine
du Monde occidental ; elle fut fondée au 12ème siècle et
nombreux étaient les médecins juifs qui participèrent à cette
naissance.
Je ne m’étendrai pas sur la contribution des Français de
confession juive à la grandeur de la France, vous avez tous
en tête les noms de Léon Blum, de René Cassin, de Mendés
France ou de Raymond Aron.
N’oublions jamais que lorsque le Capitaine Dreyfus fut réhabilité,
les cris de vive Dreyfus furent poussés par une foule
qui l’accueillait, il les arrêta, en prononçant d’une voix assurée
« Dites plutôt vive la France ».
Malgré cet attachement à la Patrie, rien n’arrêta le Gouvernement
de Vichy, cet Etat félon à la solde des Nazis et les
décrets d’application du statut des Juifs, furent vite mis en
oeuvre par une Administration servile.
Dès lors les arrestations se firent journalières, les déportations
devinrent massives pour transférer ces milliers d’enfants, de
femmes et d’hommes, vers ces camps d’extermination dont
nous commémorons la libération aujourd’hui.
79 convois partirent de France, dans des conditions abominables,
les Déportés ne recevaient ni eau ni nourriture pendant
le voyage qui durait plusieurs jours. Entassés dans des
Wagons de marchandises, ils enduraient une chaleur intense
pendant l’été et des températures polaires en hiver. Il n’y
avait aucune installation sanitaire. Beaucoup mourraient
avant d’arriver à destination.
Les destinations étaient toujours les mêmes :
Auschwitz, Birkenau, Sobibor, Treblinka, Maidanek, Chelmno,
ces camps de Hte Silésie, en Pologne occupée dont les noms
résonnent comme le glas de nos églises de campagne.
Les bourreaux les attendaient, accompagnés de molosses
bavant de rage, ils hurlaient des ordres en allemand, ponctués
de coups de matraque, séparant les familles, arrachant
les enfants à leur mère pour les diriger les premiers vers les
chambres à gaz.
Le massacre était réglé comme un ballet morbide par des
fonctionnaires zélés qui exécutaient avec rigueur leurs
oeuvres de mort.
« Nous sommes ceux qui viennent après, mais nous savons
désormais qu’un homme peut lire Goethe ou Rilke, jouer un
passage de Bach ou de Schubert et le lendemain vaquer à
son travail à Auschwitz » écrivait l’écrivain franco-américain
Georges Steiner.
Nous devons nous souvenir de ce qu’était Auschwitz pour
perpétuer la mémoire de ces familles disparues, un récent
sondage montre que 21% des 18/34 ans n’ont jamais entendu
parler de la Shoah !!!!!!
Pour ne pas oublier, notre Amicale organise depuis 17 ans un
voyage de la mémoire à Auschwitz et Birkenau, ce voyage
reste le meilleur outil pédagogique.
Grâce à la Ville de Lyon et à vous, Cher Jean Dominique
Durand, Adjoint à la Mémoire, il est donné un éclat particulier
à la cérémonie d’aujourd’hui , qui permet aux Lyonnais
de se souvenir, et cette volonté de ne pas oublier sera bientôt
une réalité visible.
L’édification d’un Monument à la Mémoire de la Shoah a
été acté, une Association dédiée a été déclarée en Préfecture,
elle est présidée par Monsieur le Procureur Général Honoraire
Viout, dont je salue l’attachement sans faille à notre
combat, et dont j’ai l’honneur d’être l’un des Vice-présidents
au titre de l’Amicale d’Auschwitz-Birkenau.
Dans les prochaines semaines une conférence de presse donnera
le coup d’envoi de ce grand projet.
Une seule chose serait pire qu’Auschwitz, c’est que personne
ne se souvienne que cela a existé.
Je terminerai en citant cette parole d’Albert Einstein :
« Le Monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal,
mais par ceux qui les regardent sans rien faire »
Mesdames et Messieurs, ne restons pas spectateurs

Commentaire de Joanna Kozińska-Frybes

Consul Général, Consulat Général de la République de Pologne à Lyon

 

En Pologne, mais aussi en France, en Europe et dans le monde entier nous assistons malheureusement à la montée de l’antisémitisme, du racisme et de l’intolérance. Des réactions catégoriques apparaissent indispensables autant dans le domaine de la mémoire historique que face aux manifestations de haine dans la vie quotidienne.

 A l’occasion de la Journée Internationale des Victimes de la Shoah, Dr Piotr Cywiński, directeur du Musée d’Auschwitz-Birkenau, a accordé une interview sur l’importance de l’enseignement sur la Shoah.

Comment transmettre le message de la mémoire pour susciter la conscience de notre propre responsabilité pour le monde d’aujourd’hui ? En partant de la question de la transmission de la mémoire sur la Shoah, il pointe certains défis contemporains pour nous tous: la responsabilité, l‘évolution des manières de la communication, la nécessaire adaptation du discours aux différents publics, notamment aux jeunes, l’universalité de la leçon tragique d’Auschwitz-Birkenau, ainsi que la complexité de l’histoire de la Shoah. « Auschwitz démontre l’immensité des capacités de déshumanisation de l’homme. Cette histoire est celle de la déshumanisation dans son extrême aboutissement.

Dès le début, le monde a compris que les vestiges du camp doivent rester et constituer un avertissement. Pour autant, si l’avertissement doit être opérant, l’éducation doit susciter dans l’esprit des gens la conscience de leur propre responsabilité – du choix de s’opposer au mal ou celui de la passivité. C’est alors seulement que la mémoire atteindra son but, dans le changement des idées, des comportements, des actions. Si l’histoire doit rester « maîtresse de vie », l’homme doit ressentir sans cesse le joug de sa responsabilité quotidienne. »

 

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