Histoire méconnue voire inconnue de la communauté juive d’Indonésie

Histoire méconnue voire inconnue de la communauté juive Les Juifs d’Indonésie L’Indonésie, depuis quelques années, fait souvent la Une des journaux. Ce Pays, quatre fois plus grand que la France, est constitué de 17508 îles dont seulement 6000 sont habitées. C’est le plus grand archipel au monde. Sa population avoisine les 250 millions d’habitants dont la plupart sont musulmans. Colonie hollandaise jusqu’en 1945, elle est aujourd’hui une République avec un Président élu au suffrage direct.

L’Indonésie à la une des journaux disais-je, souvent pour des catastrophes naturelles (éruption volcanique comme celle du Krakatoa ou tsunamis mortels), souvent aussi pour des attentats terroristes islamistes comme celui perpétré contre une discothèque de Bali en 2002. New York, avril 2010, feuilletant un journal local, je tombe sur un article qui suscite immédiatement mon intérêt. Un Rabbin loubavitch de New York, épaulé par son homologue de Singapour, tente un processus de conversion au judaïsme orthodoxe auprès des populations indonésiennes de la ville de Manado, Capitale de l’île des Célèbes (île de l’Archipel indonésien).

Certains des Habitants de cette ville de 600.000 âmes seraient des Juifs convertis à l’Islam lors de l’Indépendance de l’Indonésie pour s’assurer une certaine tranquillité.

Certaines familles, en se convertissant, faisaient promettre solennellement à leurs enfants de ne jamais révéler leurs origines.

Rentrant en France, je décidai de me lancer à la recherche des Juifs d’Indonésie.
L’Indonésie, le plus grand Pays musulman au Monde, a cinq religions officielles et le judaïsme n’en fait pas partie.
Ce n’est qu’en 1850, qu’un voyageur juif, Jacob Saphir, écrivit une brève histoire des Juifs de la Colonie hollandaise des Indes occidentales après un voyage à Batavia (aujourd’hui Djakarta), il racontait que seules une vingtaine de familles vivaient dans cette ville mais qu’à Surabaya elles étaient plus nombreuses. Ces familles descendaient de Colons juifs hollandais installés ici depuis le début du 17éme siècle.

Ces Colons ont joué un rôle déterminant dans le développement du commerce des épices.

Peu d’écrits subsistent sur les premières implantations juives dans cette région du Monde.
Le premier Gouverneur de l’Archipel se nommait Jan Peterszoon COEN et l’Encyclopédie Judaïque le décrit comme juif converti. La Compagnie hollandaise des Indes Occidentales comportait de nombreux Juifs bataves parmi ses actionnaires, ils permirent à beaucoup de leurs coreligionnaires de s’installer dans ces îles lointaines où ils pourraient servir leurs intérêts.

Jusqu’en 1850, l’Histoire ne retient pas grand chose de cette Communauté qui n’était ni très nombreuse, ni très religieuse. Ce n’est qu’en 1920, avec une arrivée importante de juifs venus à nouveau de Hollande, mais aussi d’Irak et d’Aden, qu’une réelle vie juive s’organisa dans de nombreuses villes.

Les Juifs de Bagdad étaient les plus nombreux et sans doute les plus attachés à la religion, ils se regroupaient à Surabaya.
En 1921, plus de 2000 Juifs habitaient l’île de Java. La seconde guerre mondiale vit l’Indonésie envahie par les Japonais qui voulurent appliquer les lois de leurs Alliés nazis, ils créèrent des camps de concentration où furent internées quelques 2000 personnes de confession ou d’origine juive.

Après la guerre, beaucoup de juifs indonésiens quittèrent le Pays car ils avaient tout perdu, maisons, plantations ou magasins, d’autre part ils sont pris dans un cruel dilemme, deux clans s’affrontent, d’un côté les Nationalistes, de l’autre les Hollandais qui veulent revenir à la situation d’avant guerre.

La plupart des Juifs étant d’origine européenne, à l’Indépendance de l’Indonésie, ils ne se sentent plus en sécurité, menacés quotidiennement par des groupuscules musulmans qui les accusent de connivence avec l’ancienne puissance coloniale.
Beaucoup émigrent vers les États Unis ou l’Australie, certains d’entre eux se dirigeant vers le nouvel Etat d’Israël.

En 1970 on pouvait penser que la présence juive en Indonésie appartenait définitivement au passé.
En 2009, la vieille synagogue de Surabaya a subi des attaques des islamistes qui contraignent les Autorités locales à la fermer.
Cette synagogue n’attirait pourtant qu’une petite dizaine de fidèles descendants des Juifs irakiens venus au 19éme siècle.

Aujourd’hui la seule synagogue du Pays a été reconstruite à Manado, ville traditionnellement tolérante où les Evangélistes Protestants ont pu s’installer. Ce sont eux qui favorisent le développement de la vie juive dans cette grande agglomération.

De plus en plus d’Habitants se disant descendants de Juifs convertis à L’Islam, se sentent juifs. Ils ont demandé des aides à leurs « coreligionnaires » des Pays voisins tout en étudiant le judaïsme sur Google. N’ayant pas de livres sacrés, ils impriment toutes les pages qu’ils peuvent trouver à partir d’Internet.

Et Manado s’ouvre aux Juifs et à Israël (l’Indonésie n’a pas de relations diplomatiques avec ce Pays).

Des accords militaires secrets permettent des rencontres entre Diplomates des deux Pays et des hommes d’affaires israéliens tissent des liens commerciaux et sont de plus en plus nombreux à venir sur place.

Il est particulièrement surprenant de voir fleurir dans la ville beaucoup de drapeaux israéliens et quelques taxis les arborent avec fierté.
Dans les rues des juifs loubavitchs déambulent au milieu d’une population qui ne les remarque plus.

Déjà quelques centaines d’Indonésiens ont été ramenés au judaïsme et il n’y a pas de semaine sans qu’une famille entière ne franchisse le pas du retour à ses origines.

Malgré l’immense majorité musulmane et sans doute par réaction aux exactions commises par les extrémistes, le Gouverneur de Manado a décidé de faire ériger sur une des collines qui surplombent la ville, une immense ménorah de 19 mètres de haut, sans doute le plus grand chandelier à 7 branches du Monde.
Espérons que l’Indonésie d’aujourd’hui, qui devient le phare de l’Asie du Sud Est (elle préside cette année l’ASEAN) saura, après avoir réussi sa transition démo cratique, faire admettre au Monde musulman qu’une cohabitation pacifique est le meilleur remède à l’intolérance.

Jean-Claude Nerson

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