La communauté juive de Norvège

Le 17 mai 2013, notre bateau de croisière arrivait dans le port d’Oslo.

La ville était éclairée par un soleil radieux malgré l’heure matinale.

Notre navire accosta dans le port où des dizaines de grands voiliers décorés de drapeaux norvégiens paraissaient prêts pour la parade.

Le hasard ou la chance avait fait que le jour d’escale à Oslo soit le jour de la fête nationale.

Nous descendîmes à terre où déjà une foule nombreuse vêtue de  costumes traditionnels des différentes régions de Norvège, déambulait. La plupart des passants arboraient un drapeau norvégien, une ambiance de liesse populaire empreinte d’un profond respect régnait dans les rues.

Nous nous mêlâmes à la foule, partout le même spectacle d’un patriotisme bon enfant.

Sur de nombreux supports d’affichage, je fus intrigué par une affiche en anglais où il était annoncé :

2013, The jewish year

Un pays où les habitants paraissaient si heureux et où une année était consacrée à la minorité juive suscita ma curiosité.

Dés mon retour en France je décidai d’en savoir un peu plus sur les Juifs de Norvège.

Ce pays situé à l’extrême nord de l’Europe illustre parfaitement les théories de Fernand Braudel, le grand historien français, qui insistait sur l’influence du relief et du climat sur les Hommes.

Les marchands juifs qui sillonnaient l’Europe n’étaient pas enclins à installer des comptoirs dans ces terres inhospitalières.

On trouve des traces de leur passage dans des écrits du Moyen-âge, mais aucun ne s’y installa durablement.

Le premier document relatant une arrivée plus massive date de la fin du 15ème siècle, c’étaient des Séfarades expulsés d’Espagne pour les premiers d’entre eux, puis du Portugal pour les autres.

Ils durent obtenir une autorisation spéciale du Roi Christian IV (la Norvège était  possession danoise) qui limitait leurs droits de circulation dans le royaume, les Ashkénazes venus plus tard n’obtinrent ces mêmes droits qu’en 1641.

Ce n’est qu’en 1851 que toutes les entraves administratives furent levées.

Le grand poète norvégien, Henrik Wergerland fit beaucoup pur obtenir cette décision.

A cette époque la Norvège s’émancipait du joug danois et la situation économique était désastreuse, les nouvelles autorités durent faire appel à la finance internationale, seul un banquier juif de Londres, d’origine norvégienne du nom de Hambro répondit à cet appel. Cette aide fut un atout non négligeable auprès du nouveau Parlement norvégien pour permettre à de nouveaux émigrants juifs de venir s’installer.

L’un de ses descendants Carl Joachim Hambro fut pendant 20 ans Président du Parlement norvégien et Délégué de la Norvège à l’ONU.

Le poète Wergerland ne vécut pas suffisamment pour voir le résultat de son combat en faveur des Juifs.

Mais, bien avant le vote de la loi par le Parlement, les Juifs suédois décidèrent d’ériger à Oslo un monument en son honneur, la loi restreignant leur présence étant toujours en vigueur, on leur accorda 24 heures pour effectuer leur œuvre. Cette statue demeure encore aujourd’hui un lieu de recueillement pour les jeunes juifs de Norvège qui viennent tous les 17 Mai y célébrer une petite cérémonie.

Dès le vote de la loi des petits groupes vinrent s’installer à Christiania (aujourd’hui Oslo), ils provenaient du Danemark ou d’Allemagne.

En 1892 fut fondée la première communauté, une seconde fut constituée à Trondheim en 1905.

Le recensement de la population juive de 1941 indiquait 1000 foyers représentant 2100 individus sur une population totale de 3 millions d’habitants.

Pendant la dernière guerre, la Norvège décida de ne pas entrer dans le conflit, sa neutralité bienveillante vis-à-vis de l’Allemagne nazie lui laissait espérer échapper aux exactions.

Les Juifs suivaient avec crainte les événements qui se déroulaient en Allemagne, seuls quelques uns en évaluèrent la gravité et s’exilèrent vers des lieux plus cléments.

Ceux qui restaient virent rapidement les changements, la population se désintéressait de ces concitoyens qu’elle n’appréciait pas.

Les déportations furent précéder par différentes étapes : obligation de se signaler à la Police, apposition d’un J sur la carte d’identité, spoliation, aryanisation et saisie de leurs biens, arrestation et emprisonnement avant le départ vers les camps d’extermination.

Les déportés étaient embarqués via Hambourg puis emmenés à Auschwitz.

La Police norvégienne, bien que neutre, était largement complice de la Gestapo, grâce à cette aide 775 Juifs furent déportés, 28 seulement survécurent.

A ce jour il n’existe plus qu’un seul survivant de cette tragédie :

 Samuel Steinman

Beaucoup de Juifs qui quittèrent la Norvège avant la dernière guerre n’y revinrent pas, préférant s’installer en Suède ou en Grande-Bretagne.

Ce n’est qu’en 1996 que le Gouvernement norvégien mit sur pieds un Comité qui était chargé d’étudier le sort des propriétés appartenant aux Juifs , l’étendue des spoliations et les éventuelles restitutions.

Une indemnité fut votée et divisée en trois parts :

–                    un fond de soutien à la Communauté juive de Norvège

–                    un fond pour le rétablissement de la culture juive dans les pays où elle avait été effacée.

–                    La création d’un musée national de l’Holocauste

Et aujourd’hui ? Aujourd’hui il n’y a plus que 1500 Juifs en Norvège qui vivent pour la plupart à Oslo, très bien intégrés, ils participent à la vie économique et politique du pays.

Pays qui officiellement rejette l’antisémitisme mais qui, dans les faits, et surtout depuis les accords d’Oslo sur le conflit israélo-palestinien en octobre 1993, s’aligne totalement sur les thèses pro palestiniennes. Cette politique, sous couvert d’antisionisme, permet à un nouvel antisémitisme de s’exprimer au grand jour.

La synagogue d’Oslo est régulièrement visée par des attentats terroristes perpétrés, pour la plupart, par des extrémistes musulmans.

Il est même conseillé aux Juifs religieux d’éviter le port de la kippa dans les rues, leur sécurité ne pouvant être garantie par les Autorités.

Les universitaires ont cherché à bannir tout contact avec les Universités israéliennes.

Des militants norvégiens encouragent avec violence le boycott des produits israéliens.

Le dessinateur humoristique Fum Graff avoue ne jamais caricaturer l’Islam de peur de représailles, mais n’hésite pas à fréquemment dessiner des caricatures comparant les Juifs aux nazis.

Et c’est encore Jostein Garder, le grand écrivain norvégien, auteur du « monde de Sophie » qui écrit à propos de l’Etat d’Israël et des Palestiniens « nous reconnaissons la responsabilité écrasante de l’Europe vis-à-vis du sort des Juifs, mais l’Etat d’Israël a massacré sa propre légitimité en se conduisant comme il le fait »

L’antisémitisme est largement diffusé sous le manteau de l’antisionisme, un climat hostile aux Juifs règne dans le système scolaire norvégien, tant dans le primaire que jusque sur les bancs de l’Université.

Le centre Simon Wisenthal dénonce régulièrement des faits précis dont se rendent coupables des élèves vis-à-vis de leurs compatriotes de confession juive.

C’est un réel problème qui est alimenté par la crainte des Norvégiens de se voir accuser d’être « islamophobes », mot inventé pour culpabiliser des luthériens bien pensant.

Le chargé d’affaires norvégien à Tel-Aviv est de ceux-là, terrifié à l’idée d’offenser les musulmans, il accuse les Israéliens de tous les maux.

L’émigration massive de populations provenant des pays arabes n’est certainement pas étrangère à ces attitudes.

Mes recherches m’ont vite fait oublier la vision idyllique que j’avais eue, le 17 mai dernier, de la Norvège et de ses habitants.

Jean-Claude Nerson

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