RACHEL DITE SIMONE OU MONETTE ENGELCHER

Rachel ENGELCHER est née le 22 février 1915 dans le 11ème arrondissement de Paris.Elle habite avec ses parents d’origine polonaise au 22 de la rue Basfroi à Paris 11e. Son père Jacob est sculpteur sur bois et travaille dans le Faubourg Saint-Antoine. Il a un empérament d’artiste, il emmène ses filles au cirque d’hiver, à l’opéra-comique.

Elle a deux soeurs, Rose (née en 1919) et Anna (née en 1912). Une autre soeur Hélène est décédée vers l’âge de 11-12 ans. Les enfants sont tous de nationalité française. Elle commence à travailler à l’âge de 15 ans comme sténo-dactylographe. Sa mère Golda décède en 1936 à l’âge de 55 ans. Son père se suicide peu après.Les soeurs revenant dans l’appartement de leur père constatent que tout a été pillé. Rachel ramasse par terre deux sculptures en bois faites par son père. Elles sont toujours dans la famille actuellement.

Mariée à Armand CHAPOCHNIK le 28 janvier 1938, elle part habiter au 5 rue de Cléry, dans le 2e arrondissement de Paris. Elle se fait appeler Simone qui se transformera en « Monette » dans la famille de son mari pour ne pas la confondre avec une autre Simone. En septembre 1939, elle se retrouve seule, son mari ayant été mobilisé. Bien que s’étant évadé trois fois, il ne reviendra qu’en 1945. Elle continue néanmoins à travailler jusqu’en juin 1940, date à laquelle elle est licenciée par la Société des aciéries de Longwy « par suite de la compression massive de personnel que les circonstances nous ont imposée. » écrit le 5 avril 1941 le directeur de la division des aciers fins de cet établissement sur son certificat de travail. Il est à noter qu’aussi bien chez les soeurs ENGELCHER que dans sa belle-famille, personne ne portera l’étoile de David imposée par le gouvernement du maréchal PETAIN.

C’est en 1941, que sa soeur ainée, Anna lui présente Léon MARCOVICI. C’est un étudiant en médecine originaire de Roumanie ou de Bessarabie. Anna a fait sa connaissance sans doute lors son entrée dans la Résistance. Arrêtée alors qu’elle transporte des tracts, elle sera déportée, mais reviendra.

Rachel va distribuer de temps à autre quelques tracts clandestins édités par les FTP à partir de janvier 1942 et surtout recevoir chez elle des personnes du réseau de Résistance dont fait partie Léon MARCOVICI, dit « Marco. » Ce dernier déposera chez Rachel du matériel sanitaire ainsi que différentes fausses cartes d’identité, c’est un groupe de FTP MOI organisé au sein de l’OS groupement armé, des communistes français. Un des responsables, René DISSOUBRAY lieutenant FFI Paris Nord, échappera aux arrestations faites par les « brigades spéciales » et pourra attester de l’appartenance de Rachel à la Résistance, afin qu’elle soit reconnue comme résistante déportée politique et non comme simple déportée d’origine juive.

Rachel a toujours pensé que c’était la concierge de l’immeuble qui l’avait dénoncée. Cependant, on sait maintenant que les inspecteurs des Brigades spéciales étaient nombreux et bien organisés pour repérer les résistants. Léon MARCOVICI arrêté et horriblement torturé par les hommes de la BS 2 va faire tomber une partie du réseau. Rachel est arrêtée le 1er décembre 1942 par les inspecteurs CONSTANT et CHOUFFOT. Voici un extrait du rapport : « arrêtée ce jour dans les circonstances énoncées au rapport ci-joint. La sus nommée a été mise en cause par le nommé MARCOVICI Léon, membre sanitaire d’une organisation communo-terroriste, comme ayant été hébergé par elle à plusieurs reprises ». Suit la liste des documents trouvés chez Rachel et appartenant à ce résistant, il est indiqué que la « femme CHAPOSCHNICH est inconnue des différents services d’archives de notre direction ainsi que du Service des Juifs. Nous procédons à son interrogatoire, par acte subséquent ». Rachel est emmenée à la prison de Fresnes. Malgré des recherches aux archives départementales à CRETEIL qui détiennent les archives de cette prison, rien n’a été retrouvé la concernant. Cependant, un bordereau du camp de Drancy, extrait des archives de la police de Paris, indique que le 8 février 1943, quatorze personnes dont Léon MARCOVICI, Rachel CHAPOSCHNICH née ENGELCHER, Rosa ESKENAZY et Rachel ESKENAZY (famille de Djamila ESKENAZY: Jeannette DEPLACE) versent les sommes qu’elles avaient sur elles, au caissier de DRANCY. La mère et la soeur de Jeannette avaient été arrêtées en même temps qu’elle par les brigades spéciales. Jeannette restera en prison à FRESNES durant plusieurs mois avant d’être elle-même emmenée à DRANCY.

Depuis 1942, les appartements des Juifs sont pillés systématiquement et le principal organisateur de ce pillage, Kurt VON BERG décide de « louer » de la main d’oeuvre juive au Service de Sécurité de DRANCY. A partir de juillet 1943, Aloïs BRUNNER à la tête du camp de DRANCY, classe les détenus. Rachel du fait de sa nationalité française et en tant que femme juive de prisonnier de guerre juif est affectée à l’Immeuble LEVITAN. Elle travaillera au tri des objets déposés à l’immeuble LEVITAN qui a été réquisitionné Elle ne retournera à DRANCY qu’en février 1944 où elle sera déportée par le convoi n° 67.

(Ce document nous a été remis par Joelle DEPLACE, membre de notre bureau.)

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