Témoignage au Collège Chevreul-Fromente

St-Didier-au-Mont-d’Or Des élèves de 3e de Chevreul Fromente s’impliquent dans le devoir de mémoire.

Il faut rappeler que toute cette classe est impliquée dans le devoir de mémoire et que sept d’entre eux ont écrit, joué et réalisé, en collaboration avec Charlotte Jarrix, professeur de lettres et metteur en scène, un court-métrage de 30 minutes, intitulé « Résister dans les camps nazis ». Un projet qui leur permet de participer au concours national de la résistance et de la déportation (CNRD).

Lettre de Mathilde Fournier

Monsieur,

Vous remercier est la première chose qui me vient à l’esprit. Ce témoignage… quelle chance I En effet, même le programme d’Histoire, les films, les documentaires et les pièces ne sont pas comparables au récit direct d’une personne touchée par la Shoah. Ça nous pousse face à cette réalité poignante, nous ne pouvons que mémoriser chacune de vos paroles, en tirer des principes et former notre esprit face à cette cruauté humaine et à l’antisémitisme. N’était ce pas justement ce que vous vouliez ?

Tout d’abord, l’attente avant votre arrivée. De l’appréhension, de l’excitation… Ensuite votre entrée : le respect occupe alors tout l’esprit mais il y a aussi, je dois l’avouer, un part de surprise face à cette normalité d’apparence qui masque une force pourtant peu commune ! Puis vous racontez, vous décrivez des horreurs que vous avez vécues. Tristesse, incompréhension, choc, abattement, surprise : les émotions sont bien là ! « Je crois qu’ils digèrent ai-je entendu lorsque vous avez mis fin à votre récit… Eh bien c’était vrai ! C’était exactement ça ! Ce silence lorsque vous êtes passé à la partie questions était inévitable I Nous étions à ce moment précis plongés dans un ressenti si énorme que nous avions perdu beaucoup de notions (temps et espace, c’est certain). J’étais venue avec un flot de questions, je n’en ai posé aucune. Comment aurais-je pu ? D’une part vous aviez répondu à quelques unes, d’autre part ça paraissait dès lors tellement futile I

Votre réponse « Joker ! » concernant la foi m’a fait sourire, votre vengeance est là : vous n’hésitez pas à refuser certaines choses et votre foi est intime. L’entreprise nazie a bien échoué : votre religion ne regarde que vous, vous créez et procréez. Cela n’est contrôlable par personne et ne le sera jamais. Car le message est passé. Ça n’arrivera plus. Nous sommes « les témoins des témoins ».

Encore merci.

Mathilde Fournier. (Collège Chevreul-Fromente de Saint Didier au Mont d’Or)

 

Texte de Serge Smulvevic

Partir à Pitchipoï… »

Je me souviens qu’à Drancy, lorsqu’un convoi se formait, les naïfs posaient la question: «Et où ils vont partir, tous ceux-là ? » Et on leur répondait : « à Pitchipoï »…

« Pitchipoï », c’est du yiddish, et ça ne veut strictement rien dire, mais dans nos bouches ce mot avait pris la signification d’un pays très lointain, d’une contrée inconnue, soit néfaste, ou peut-être miraculeuse pour certains…

Mais quand les déportés arrivaient dans un camp, à Auschwitz, ou ailleurs, immédiatement ils comprenaient qu’ils étaient arrivés dans ce fameux « Pitchipoï ».

Mais ce n’était pas encore le bon « Pitchipoï », ce n’est que quand les cendres de leurs corps s’engouffraient dans les cheminées des fours crématoires et tourbillonnaient dans le ciel qu’ils partaient vraiment à Pitchipoï »…

De là l’expression « partir pour Pitchipoï », née à Drancy et que certains, dans leur naïveté ou les familles, entourées de tous leurs enfants, dans leur immense espoir, prenaient peut-être encore pour l’extraordinaire pays du Magicien d’Oz….

Serge SMULVEVIC  Collège Chevreul Fromente de Saint Didier au Mont d’Or

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